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La bonne chanson

Fauré (1892)

Une Sainte en son auréole...

Une Sainte en son auréole,
Une Chatelaine en sa tour,
Tout ce qui contient la parole
Humaine de grâce et d'amour;

La note d'or que fait entendre
Le cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d'autrefois;

Avec cela le charme insigne
D'un frais sourire triomphant
Éclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant;

Des aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien:
Je vois, j'entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.1

Puisque l'aube grandit...

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisqu'après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,

Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin;

Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.

La lune blanche...

La lune blanche
Luit dans les bois;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée...

O bien aimée.

L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure.

Rêvons, c'est l'heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise...

C'est l'heure exquise

J'allais par des chemins perfides...

J'allais par des chemins perfides,
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.

Si pâle à l'horizon lointain
Luisait un faible espoir d'aurore;
Votre regard fut le matin.

Nul bruit, sinon son pas sonore,
N'encourageait le voyageur.
Votre voix me dit: <Marche encore!>

Mon cœur craintif, mon sombre cœur
Pleurait, seul, sur la triste voie;
L'amour, délicieux vainqueur,

Nous a réunis dans la joie.

J'ai presque peur, en vérité...

J'ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
Àla radieuse pensée
Qui m'a pris l'âme l'autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce cœur tout à vous,
Ce cœur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire;

Et je tremble, pardonnez-moi
D'aussi franchement vous le dire,
Àpenser qu'un mot, qu'un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu'il vous suffirait d'un geste,
D'une parole ou d'un clin d'œil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L'avenir dût-il m'être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu'à travers un immense espoir,

Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t'aime!

Avant que tu ne t'en ailles...

Avant que tu ne t'en ailles,
Pâle étoile du matin;
_Mille cailles
Chantent dans le thym!_

Tourne devers le poète,
Dont les yeux sont pleins d'amour,
_L'allouette
Monte au ciel avec le jour!_

Tourne ton regard que noie
L'aurore dans son azur;
_Quelle joie
Parmi les champs de blé mûr!_

Et fais luire ma pensée
Là-bas, bien loin, oh! bien loin!
_La rosée
Gaîment brille sur le foin!_

Dans le doux rêve où s'agite
Ma mie endormie encor...
_Vite, vite,
Car voici le soleil d'or!_

Donc, ce sera par un clair jour d'été

Donc, ce sera par un clair jour d'été:
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté;

Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente;

Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bien veillamment souriront aux époux.

N'est-ce pas?...

N'est-ce pas? nous irons, gais et lents, dans la voie
Modeste que nous montre en souriant l'Espoir,
Peu soucieux qu'on nous ignore ou qu'on nous voie.

Isolés dans l'amour ainsi qu'en un bois noir,
Nos deux cœurs, exhalant leur tendresse paisible,
Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.

Sans nous préoccuper de ce que nous destine
Le Sort, nous marcherons pourtant du même pas,
Et la main dans la main, avec l'âme enfantine

De ceux qui s'aiment sans mélange, n'est-ce pas?


L'hiver a cessé...

L'hiver a cessé: la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le cœur le plus triste cède
Àl'immense joie éparse dans l'air.

J'ai depuis un an le printemps dans l'âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu'une flamme entoure une flamme,
Met de l'idéal sur mon idéal.

Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L'immuable azur où rit mon amour.
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.

Que vienne l'été! que viennent encore
L'automne et l'hiver! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison!


Paul Verlaine

1That is, of the dynasty of Charlemagne. Verlaine wrote these texts as a gift to his future wife, Mathilde - whose name was popular in the time of Charlemagne.

The good song

 

A saint in her halo...

A saint in her halo,
a chatelaine in her tower,
all that the human word contains
of grace and of love;

the note of gold which the horn
sounds in the distance of the woods,
married to the tender pride
of the noble Ladies of long ago;

with that, the hardly discernible charm
of a fresh exultant smile
which has blossomed in swan-like purities
and in the blushes of woman-child.

Pearly appearances, white and pink,
a gentle patrician chord:
I see, I hear all these things
in her Carlovingian name.

Since dawn is rising...

Since dawn is rising, since here is the day-break,
since, after having fled from me for a long time, hope
is ready to fly back towards me who calls and implores it,
since all this good-fortune is ready to be mine,

I want, guided by you, beautiful softly flaming eyes,

led by you, o hand where my hand will tremble,
to walk straight ahead, whether it be on mossy paths
or whether rocks and pebbles hamper the way;

and as if to cradle the slownesses of the journey,
I will sing simple songs, I tell myself
that she will no doubt listen to me without displeasure;
and truly I want no other Paradise.

The white moon...

The white moon
shines in the woods;
from each branch
comes a voice
beneath the boughs...

O well-beloved.

The pond reflects,
deep mirror,
the silhouette
of the black willow
where the wind weeps.

Let us dream, it is the hour.

A vast and tender
quietening
seems to settle
from the sky
that the moon makes iridescent...

It is the exquisite hour.

I went by treacherous paths...

I went by treacherous paths,
painfully uncertain.
Your dear hands were my guides.

So pale on the distant horizon
shone a weak hope of dawn;
your gaze was the morning.

No sound, other than his sonorous footstep,
encouraged the traveller.
Your voice told me: "Walk on!"

My fearful heart, my heavy heart
wept, alone, on the sad road;
love, delectable victor,

has reunited us in joy.

I am almost afraid, in truth...

I am almost afraid, in truth,
so much do I feel my life entwined
with the radiant thought
which took my soul from me last summer,

so much does your image, for ever dear,
live in this heart, entirely given to you,
this heart uniquely anxious
to love you and to please you;

and I tremble _ forgive me
for telling you this so frankly _
to think that just one word, one smile
from you is henceforth my law,

and that just one gesture,
one word or one wink, would be enough for you
to put my whole being in mourning
for its celestial illusion.

But rather, I only want to see you,
even though the future were to be dark for me
and prolific in countless sufferings,
through an vast hope.

Immersed in this supreme happiness
of telling myself again and for ever,
despite dismal returns,
that I love you, that I love thee!

Before you go away...

Before you go away,
pale morning star;
_a thousand quails
are singing in the thyme!_

turn towards the poet,
whose eyes are full of love,
_the lark
climbs in the sky with the day-break!_

turn your gaze which the dawn drowns
in its azure;
_what joy
among the fields of ripe corn!_

and make my thought sparkle
over there, far away, oh, far away,
_the dew
gleams merrily on the hay!_

in the gentle dream where
my love, still asleep, is stiring...
_Quickly, quickly,
for here is the golden sun!_

Then, it will be by a fine summer's day

So, it will be on a bright summer's day:
the great sun, accomplice to my joy,
will make, amid the satin and the silk,
your dear beauty even lovelier;

The sky, all blue like a high canopy,
will shiver, sumptuous, in long folds,
above our two happy brows that the emotion
of well-being and the exptectaion will have paled;

and when the evening has come, the air will be gentle
which teases, stroking through your veils,
and the peaceful gaze of the stars
will smile protectively on at the married couple.

Is it not so?...

Is it not so? We shall go, happy any slow, on the humble
path that Hope shows us with a smile,
little caring whether we are seen or not.

Isolated in love as though in a dark wood,
our two hearts, breathing out their peaceful tenderness,
will be two nightingales which sing in the evening.

Without concerning ourselves with what Fate holds
for us, we shall walk nevertheless in step,
and hand in hand, with the child-like soul

of those who love each other without complication, is it not so?

Winter has ended...

Winter has ended: the light is tepid
and dances, from the ground to the clear sky.
Even the saddest heart must yield
to the immense joy dispersed in the air.

For one year now I have had Spring in my soul
and the green return of the gentle month of May,
just as one flame engulfs another flame,
places some perfection on my perfection.

The blue sky extends, rises and crowns
the unchanging azure where my love laughs.
The season is beautiful and my lot is good
and all my hopes have at last reached their turn.

Let Summer come! Let
Autumn and Winter come again! And I shall find
each season charming, o You who is crowned by
this dream and this reason!

© translated by Christopher Goldsack

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