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Tristesses1

Milhaud (1956)
Boulanger (1914) - Clairières dans le ciel nos.
2,4,5,6,8,10,13,17,19,21,15
d'Estrada-Guerra (1924) nos.
2,4,5,9,10,13,17,19,21,22+23,24

I
Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son œuf dans la poussière.
Pardessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira: je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

II
Elle était descendue au bas de la prairie,2
et comme la prairie était toute fleurie
de plantes dont la tige aime à pousser dans l'eau,
ces plantes inondées je les avais cueillies.
Bientôt, s'étant mouillée, elle gagna le haut
de cette prairie-là qui était toute fleurie.
Elle riait et s'ébrouait avec la grâce
dégingandée qu'ont les jeunes filles trop grandes.
Elle avait le regard qu'ont les fleurs de lavande.

III
Dans le chemin toujours trempé, tant y est épais
la feuillage visqueux de l'aulne amertumé,
nous nous promènerons. Mais comme elle est plus grande
que moi, c'est elle qui écartera les branches
et elle encore qui mettra sur mon épaule
sa joue et ses yeux bleus qui fixeront le sol.

IV
Elle est gravement gaie. Par moments son regard
se levait comme pour surprendre ma pensée.
Elle était douce alors comme quand il est tard
le velours jaune et bleu d'une allée de pensées.

V
Parfois, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle.
Alors, je suis joyeux. Mais je redeviens triste
de ce que je ne sais pas combien elle m'aime.
Elle est la jeune fille à l'âme toute claire,
et qui, dedans son cœur, garde avec jalousie3
l'unique passion que l'on donne à un seul.
Elle est partie avant que s'ouvrent les tilleuls,
et, comme ils ont fleuri depuis qu'elle est partie,
je me suis étonné de voir, ô mes amis,
des branches de tilleuls qui n'avaient pas de fleurs.

VI
Un poète disait que, lorsqu'il était jeune,
il fleurissait des vers comme un rosier des roses.
Lorsque je pense à elle, il me semble que jase
une fontaine intarissable dans mon cœur.
Comme sur le lys Dieu pose un parfum d'église,
comme il met du corail aux joues de la cerise,
je veux poser sur elle, avec dévotion,
la couleur d'un parfum qui n'aura pas de nom.

VII
Son souvenir emplit l'air si clair que j'ai cru
que l'ombre d'un oiseau me tombait sur la tête.
Le tulipier d'un parc est d'un vert noir et cru.
Une bonté sans nom emplit l'azur, du faîte
des pigeons enfumés au plus loin horizon.
Dans la salon où elle vint, dans le salon
où il y avait des lilas sombres comme la nuit,
il y a manitenant des roses dans un verre
et un bouton de magnolia que ma mère
a posé sur le piano creux et verni.
Cette fleur ne s'est pas encore épanouie,
mais elle s'est gonflée comme pour éclater,
et se soulève hors du vase, et l'on dirait
qu'elle va s'envoler au milieu de l'Été.
Je ferme ma croisée pour mieux enfermer l'ombre.
Je songe. J'ai souffert. Je ne sais plus. Je songe.
La pompe grince et mon chien dort sur le parquet.
Quand donc viendra le jour où, poussant le loquet
de la porte d'entrée qui rêve sous le cèdre,
sa main fera jaillir sur les dalles usées
tout ce que sa présence amène de lumière?

VIII
Au pied de mon lit, une Vierge négresse5
fut mise par ma mère. Et j'aime cette Vierge
d'une religion un peu italienne.
Virgo Lauretana, debout dans un fond d'or ,
qui me faites penser à mille fruits de mer
que l'on vend sur les quais où pas un souffle d'air
n'émeut les pavillons qui lourdement s'endorment,
Virgo Lauretana, vous savez qu'en ces heures
où je ne me sens pas digne d'être aimé d'elle,
c'est vous dont le parfum me rafraîchit le cœur.

IX
Elle avait emporté des brassées de lilas
Et, comme elle partait couverte de printemps,
elle était comme un lys qu'un pollen ravissant
aurait poudré. Son front est lisse, un peu trop grand.
Les lilas qu'elle avait, elle les posa là.
Je me suis approché de ces fleurs fatiguées
d'avoir été tenues un moment dans ses bras.
Courbé comme un enfant de chœur par l'ensensoir,
sur leur sombre parfum ma bouche s'est posée.
Elle a tendu la main et m'a dit au revoir.

X
Si tout ceci n'est qu'un pauvre rêve, et s'il faut
que j'ajoute, dans ma vie, une fois encore,
la désillusion aux désillusions;
et, si je dois encore, par ma sombre folie,
chercher dans la douceur du vent et de la pluie
les seules vaines voix qui m'aient en passion:
je ne sais si je guérirai, ô mon amie...

XI
Je ne désire point ces ardeurs qui passionnent.
Non: elle me sera douce comme l'Automne.
Telle est sa pureté que je désirerais
qu'elle eût sur son chapeau de narcisses-des-prés.
Mais que, si elle doit me donner cette grâce
que la blanche vertu rend calme et efficace,
et veiller aux travaux ainsi que la fourmi,
je la voie au jardin me sourire parmi
les carrés de piments que Septembre rougit.
Ils me feront penser à mes passions passées.
Elle sera le lys qui les a dominées.

XII
O mon cœur! ce sera dans l'Août bleu et torride.
Lasse, vous poserez sur le coffret de buis
vos ciseaux où s'accrochera de la lumière.
Vous laisserez aller votre taille en arrière.
Vous fermerez vos cils sur vos yeux de lavande
dont l'Été semblera parfumer votre chambre.
Il sera je ne sais quelle heure après-midi:
l'heure où la guêpe en feu va boire dans les puits.6
J'arriverai, par le grand soleil ébloui.
Je vous verrai ainsi, ô ruche pleine d'aube,
moulée par le sommeil dans votre chaste robe.
Et je m'approcherai tout doucement de vous,
et, sans vous déranger mettrai sur vos genoux
des fraises et du pain et du sucre d'abeille.
Bientôt, vous éveillant de ce demi sommeil,
vos lèvres écloront sur ces fruits et ce miel
comme une rose tendre et toute caressée
ou comme un abricot plein d'encens qui s'entrouvre.
O ménagère amie, framboise des forêts,
chaperon rouge errant qui se nourit de baies,
ô vous qui par moments à mes yeux évoquez
la gravure où Perette a renversé son lait:7
vous ne me direz pas combien vous accablait
cette sieste où l'Été fait peser son délire.
Vous vous relèverez. Vous me regarderez.
Et, pleine d'un sanglot, alors vous sentirez
sourire dans mon cœur votre propre sourire.

XIII
Nous nous aimerons tant que nous tairons nos mots,
en nous tendant la main, quand nous nous reverrons.
Vous serez ombragée par d'anciens rameaux
sur le banc que je sais où nous nous assoierons.
C'est là que votre amie, cette fée du hameau,8
gracieuse comme au temps de Jean-Jacques Rousseau,
et bonne comme on est quand on a bien souffert,
c'est là, dans le secret de ces asiles verts,
qu'elle parla de vous à celui qui vous aime.
Donc nous nous assoierons sur ce banc, tous deux seuls,
à l'heure où le soleil empourprant l'écureuil
descend sur la pelouse où sont les poulinières.
D'un long moment, ô mon amie, vous n'oserez...
Que vous me serrez douce et que je tremblerai...

XIV
Faisait-il beau quand elle est morte, votre amie?
Oh!... Je voudrais savoir si c'était le matin...
Avant de s'en aller vous a-t'elle souri?

Donnez-lui l'édelweiss que vous ne voulez point...

XV
Je garde une médaille d'elle où sont gravés
une date et les mots: prier, croire, espérer.
Mais moi, je vois surtout que la médaille est sombre:
son argent a noirci sur son col de colombe.

XVI
<J'ai quelqu'un dans le cœur,> deviez-vous dire un jour
à ceux qui vous proposeraient un autre amour.
<J'ai quelqu'un dans le cœur.> Et ce quelqu'un,
c'est moi.
<J'ai quelqu'un dans le cœur.> Je pensais à cela,
à ces mots infinis par lesquels vous donniez
votre cœur à mon cœur, ô lierre qui mouriez...
Et je ne sais pourquoi, songeant à votre cœur,
je le voyais pareil au cœur frais d'une fleur,
à la fleur du cœur frais d'une rose de haie.

XVII
Vous m'avez regardé avec toute votre âme.
Vous m'avez regardé longtemps comme un ciel bleu.
J'ai mis votre regard à l'ombre de vos yeux...9
Que ce regard était passionné et calme...

XVIII
Je songe à ce jour-là où vous me confierez
votre pudeur pareille au muguet-des-forêts.

XIX

Les lilas qui avaient fleuri l'année dernière
vont fleurir de nouveau dans les tristes parterres.
Déjà le pêcher grêle a jonché le ciel bleu
de ses roses, comme un enfant la Fête-Dieu.
Mon cœur devrait mourir au milieu de ces choses,
car c'était au milieu des vergers blancs et roses
que j'avais espéré je ne sais quoi de vous.
Mon âme rêve sourdement sur vos genoux.
Ne la repoussez point. Ne la relevez pas,
de peur qu'en s'éloignant de vous elle ne voie
combien vous êtes faible et troublée dans ses bras.

XX
Deux ancolies se balançaient sur la colline.
Et l'ancolie disait à sa sœur l'ancolie:
Je tremble devant toi et demeure confuse.
Et l'autre répondait: si dans la roche qu'use
l'eau, goutte à goutte, si je me mire, je vois
que je tremble, et je suis confuse comme toi.

Le vent de plus en plus les berçait toutes deux,
les emplissait d'amour et mêlait leurs cœurs bleus.

XXI
Par ce que j'ai souffert, ma mésange bénie,
je sais ce qu'a souffert l'autre: car j'étais deux...
Je sais vos longs réveils au milieu de la nuit
et l'angoisse de moi qui vous gonfle le sein.
On dirait par moments qu'une tête chérie,
confiante et pure, ô vous qui êtes la sœur des lins
en fleurs et qui parfois fixez le ciel comme eux,
on dirait qu'une tête inclinée dans la nuit
pèse de tout son poids, à jamais, sur ma vie.

XXII
Venez sous la tonnelle assombrie de lilas
afin que je suspende, ainsi qu'une médaille,
à votre cou pareil à le rousseur du blé
et au lisse raisin qui dort sur la muraille,
avec un fil de Vierge une rose bengale...

XXIII
...Venez, ma bien-aimée, venez, ô ma cigale,
car l'eau bleue dormira dans les reines-des- prés...

XXIV
Demain fera un an qu'à Audaux je ceuillais
les fleurs dont j'ai parlé, de la prairie mouillée.
C'est aujourd'hui le plus beau jour des jours de Pâques.
Je me suis enfoncé dans l'azur des campagnes,
à travers bois, à travers prés, à travers champs.
Comment, mon cœur, n'es-tu pas mort depuis un an?
Mon cœur, je t'ai donné encore ce calvaire
de revoir ce village où j'avais tant souffert,
ces roses qui saignaient devant le presbytère,
ces lilas qui me tuent dans les tristes parterres.
Je me suis souvenu de ma détresse ancienne,
et je ne sais comment je ne suis pas tombé
sur l'ocre du sentier, le front dans la poussière.
Plus rien. Je n'ai plus rien, plus rien qui me soutienne.
Pourquoi fait-il si beau et pourquoi suis-je né?
J'aurais voulu poser sur vos calmes genoux
la fatigue qui rompt mon âme qui se couche
ainsi qu'une pauvresse au fossé de la route.
Dormir. Pouvoir dormir. Dormir à tout jamais
sous les averses bleues, sous les tonnerres frais.
Ne plus sentir, ne plus savoir votre existance.
Ne plus voir cet azur engloutir ces coteaux
dans ce vertige bleu qui mêle l'air à l'eau,
ni ce vide où je cherche en vain votre présence.
Il me semble sentir pleurer au fond moi,
d'un lourd sanglot muet, quelqu'un qui n'est pas là.
J'écris. Et la campagne est sonore de joie.
On entend les clochers qui appellent aux vêpres,
et les grillons chanter l'heureuse paix champêtre.
On voit à l'intérieur pâle des métairies
les chapeaux de travail dormir près des tamis.

...Elle était descendue au bas de la prairie,10
et comme la prairie était toute fleurie...

Francis Jammes

9This collection of texts is taken from Jammes's book "Clairières dans le ciel." All are given here in order. The eighth was the only text not set by Milhaud.
2In the printed edition, Jammes has "au bas de." Milhaud however has "au bord de," meaning "to the bottom of."
3Milhaud omits the words "dedans son cœur."
5There is a Mediterranean tradition of statues of the Virgin Mary carved out of dark woods.
6Milhaud adds a further "Il sera" to the start of this line.
7The farmer's wife in the La Fontaine's fables "La laitière et le pot au lait." Going to market to sell her milk Perette was planning how she would use the money to make her fortune, but spilt the milk before getting there. The text was set to music by Offenbach.
8Boulanger omits several lines here.
9Both Boulanger and d'Estrada-Guerra change the text to "mes yeux," ie. "my eyes."
10Milhaud again has "au bord de."

Sorrows

 
 
 
 
 

I
I desire her in this shady light
which falls at mid-day upon the sleeping vine,
when the hen has laid its egg in the dust.
Above the lines on which the washing is drying,
I shall see her appear, and her clear face.
She will say: I feel poppy-heads in my eyes.
And her room will be ready for her sleep,
and she will enter as a bee does
the bare cell that the heat whitens.

II
She had gone down to the bottom of the meadow,
and, as the meadow was strewn with the flowers
of plants whose stems like to grow in water,
these flooded plants I had gathered them.
Very soon, having got wet, she regained the top
of that meadow which was covered in flowers.
She was laughing and whinnying with the awkward
grace that young women have who are too tall.
She had the look that lavender flowers have.

III
Along the path, ever-drenched, so thick is the
viscous foliage of the weeping alder,
we shall stoll. But as she is taller
than I, it is she who will push aside the branches
and she again who will place her cheek
upon my shoulder and her blue eyes which will stare at the ground

IV
She is solemnly happy. On occasions her gaze
lifted, as if to catch my thought by surprise.
She was soft then as is, when it is late,
the blue and yellow velvet of a pathway of pansies.

V
Sometimes, I am sad. And, suddenly, I think of her.
Then, I am joyful. But I become sad again
because I do not know how much she loves me.
She is the young girl with the all clear soul,
and who, within her heart, jealously keeps
that unique passion which is given to one alone.
She left before the lime trees had budded,
and, as they have flowered since she left,
I have been astonished to see, o my friends,
branches of lime trees which had noflowers

VI
A poet used to say that, when he was young,
he used to flower verses as a rose bush does roses.
When I think of her, it seems to me that
an inexhaustible fountain wells up in my heart.
Just as, on the lily, God places a church incense,
just as, on the cheeks of the cherry, he puts coral,
so, on her, with devotion, I want to place
the colour of a perfume which will have no name.

VII
Her memory filled the air so clear that I thought
the shadow of a bird was falling on my head.
The tulip-tree in a park is of a black and raw green.
A goodness without name filled the azure, because of
the smoked-covered pigeons on the distant horizon.
In the room to which she came, in the drawing-room
where there were lilies as dark as the night,
now there are roses in a glass
and a magnolia bud which my mother
placed upon the hollow varnished piano.
This flower has not yet blossomed,
but it has swollen as if to burst,
and lifts itself out of the vase, and one would think
it will fly off in the middle of Summer.
I close my window to help keep the shade inside.
I dream. I have suffered. I no longer know. I dream.
The pump is grating and my dog is sleeping on the floor.
When then will the day come when, pushingthe latch
of the front-door which dreams beneath the cedar,
her hands will make all the light that
her presence brings sparkle upon the worn tiles?

VIII
A negress Virgin Mary was placed at the foot
of my bed by my mother. And I like this statue
with a somewhat Italian religious fervour.
Virgo Lauretana, standing against background of gold,
who makes me think of a thousand shellfish
that they sell on the quays where not a breath of air
disturbs the pavilions which fall heavily asleep,
Virgo Lauretana, you know that in these hours
when I do not feel worthy of being loved by her,
it is your perfume which refreshes my heart.

IX
She had carried armfuls of lilac away
and, as she was leaving draped in spring,
she was like a lily that an enchanting pollen
would have dusted. Her brow is smooth, a little too large.
The lilac that she held, she placed there.
I drew close to these flowers, which were tired
of having been held a moment in her arms.
Hunched as a choir boy by the sensor,
my mouth came to rest upon their sombre perfume.
She held out her hand and said farewell.

X
If all this is but a meagre dream, and if, to my life,
I must once more add
disillusion to the disillusions;
and, if I must again, by my sombre folly,
search in the sweetness of the wind and the rain
for the only vain voices which hold me in passion:
I do not know if I shall recover, o my sweet-heart...

XI
I do not want these impassioning ardours.
No: she will be as sweet as Autumn for me.
Such is her purity which I desired,
which she had on her hat of wild narcissi.
But, if she must give me that grace
which white virtue makes calm and efficient,
and watch over the works like an ant,
may I see her in the garden smiling to me among
the beds of red-peppers which September ripens.
They will make me think of my past passions.
She will be the lily which has dominated them.

XII
O my heart! It will be during blue and torrid August.
Weary, on the box-wood chest, you will place
your scissors upon which some light will sparkle.
You will let your waist fall backwards.
You will pull your lashes over your lavender eyes
whose Summer will seem to perfume your room.
It will be I don't know what hour of the afternoon:
the hour when the burning wasp goes to drink in the wells.
I shall arrive, under the great dazzled sun.
I shall see you thus, o hive full of dawn,
wetted by sleep in your chaste dress.
And I shall very softly draw near to you,
and, without disturbing you, shall put on your lap
strawberries and bread and bees' sugar.
Shortly, you will waken from this half sleep,
your lips will blossom on these fruits and this honey
like a tender and caressed rose
or like an apricot full of fragrance as it breaks open.
O dearest keeper, forest raspberry,
wandering Red Ridinghood who feeds on berries,
o you who, at times, to my eyes evoke
the engraving where Perette spilt her milk:
you will not tell me how overwhelmed you were
by this siesta upon which Summer hangs its extasy.
You will get up again. You will look at me.
And then, brimming with a sob, you will feel
your own smile smiling in my heart.

XIII
We shall love one another as long as we keep our words silent,
holding out our hands, when we see each other again.
you will be shaded by ancient branches
upon the bench I know on which we shall sit.
It is there that your girl-friend, that fairy of the hamlet,
graceful as in the days of Jean-Jacques Rousseau,
and good as one is when one has suffered much,
it is there, in the secret of those green refuges,
that she will spoke of you to the him who loves you.
So we shall sit upon this bench, alone together,
at the hour when the sun, colouring the squirrel purple,
sets upon the lawn in which are the mares.
A long moment, o my beloved, you will not dare...
How sweet you will be to me and how I shall tremble...

XIV
Was the weather fine when she died, your beloved?
Oh!... I should like to know if it was morning...
Before departing did she smile to you?

Give her the edelweiss that you do not want...

XV
I keep a medallion of her upon which are engraved
a date and the words: pray, believe, hope.
But me, I see above all, that the medallion is dark;
the silver has blackened on her dove's neck.

XVI
You should say "I have someone in the heart," one day
to those who offer you another love.
"I have someone in the heart." And that someone,
is me.
"I have someone in the heart." I was thinking of that,
of these boundless words by which you used to give
your heart to my heart, o ivy who were dying...
And I know not why, thinking of your heart,
I saw it alike to the fresh heart of a flower,
to the flower of the fresh heart of a hedge rose.

XVII
You looked at me with all your soul.
You looked long at me as if looking at a blue sky
I placed your gaze in the shade of your eyes...
How passionate and calm that gaze was...

XVIII
I am dreaming of that day when to me you will confide
your modesty equal to that of the lily-of-the-valley.

XIX
The lilacs which had flowered last year
are going to flower again in these sad gardens.
Already the slender peach-tree has freckled the bluesky
with its roses, like a child at Corpus-Christi.
My heart should die in the middle of these things,
for it was in the middle of the white and pink orchards
that I had hoped for I don't know what of you.
My soul dreams deafly upon your knees.
Don't push it away again. Don't lift it up again,
for fear that in distancing itself from you it should see
how weak and troubled you are in its arms.

XX
Two columbines were swaying on the hill.
And the columbine was saying to its sister columbine:
I tremble before you and stand confused.
And the other was replying: if in the rock which
the water wears away, drop by drop, if I reflect myself,
I see that I tremble, and I am confused like you.

The wind was rocking them both more and more,
filling them with love and merging their bluehearts.

XXI
Because I have suffered, my blessed bluetit,
I know what the other has suffered: for I was two...
I know your long periods awake in the middle of the night
and the anguish of me who swell your breast.
At times one would think that a cherished head,
trusting and pure, o you who are the sister of the flowering
flaxes and who sometimes gaze at the sky like them,
one would think that a head hanging in the night
weighs, with all its weight, forever, down on my life.

XXII
Come into the shaded arbour of lilacs
so that I might hang, like a medallion,
from your neck, equal to the russet colour of wheat
and to the smooth grape which sleeps against the wall,
a Bengal rose with a gossamer thread.

XXIII
...Come, my beloved, come, o my cicada,
for the blue water will sleep in the meadow-sweet...

XXIV
Tomorrow will make one year since, in Audaux, I was gathering
the flowers of which I spoke, from the wet meadow.
Today is the most beautiful day of all Easter days.
I plunged myself into the azure of the countryside,
through woods, through meadows, through fields.
How, my heart, did you not die one year ago?
My heart, I have given you this burden more,
to see again this village where I had suffered so much,
these roses which bled before the presbytery,
these lilacs which kill me in the sad gardens.
I recalled my old distress,
and I do not know how I did not fall
onto the ochre of the pathway, the brow in the dust.
Nothing more. I have nothing more, nothing more which sustains me.
Why is the weather so fine and why was I born?
I would have wished to lay, on your calm lap,
the weariness which tears at my soul as it lies down
like a poor woman in the ditch of the road.
To sleep. To be able to sleep. To sleep for ever
beneath the blue showers, beneath the fresh thunder.
No longer to feel, no longer to know your existence.
No longer to see this azure engulfing these hillsides
in this blue whirl which mixes the air into the water,
nor this emptiness in which I search in vain for your presence.
I feel as though I hear, deep within me,
someone who is not here, weeping, in long silentsobs.
I write. And the countryside is echoing with joy.
One can hear the steeple-bells calling to vespers,
and the crickets singing of the happy rustic peace.
One sees, in the pale interiors of the farmsteads,
the working hats sleeping alongside the sifters.

...She had gone down to the bottom of the meadow,
and how strewn the meadow was with flowers...

© translated by Christopher Goldsack

This translation is offered for study purposes. If seeking to use it for concert programmes please do let me know, and if for commercial purposes please consider making a small donation towards the upkeep of the site.