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Le travail du peintre

Poulenc (1956)

Pablo Picasso

Entoure ce citron de blanc d'œuf informe
Enrobe ce blanc d'œuf d'un azur souple et fin
La ligne droite et noire a beau venir de toi
L'aube est derrière ton tableau

Et les murs innombrables croulent
Derrière ton tableau et toi l'œil fixe
Comme un aveugle comme un fou
Tu dresses une haute épée dans le vide

Une main pourquoi pas une seconde main
Et pourquoi pas la bouche nue comme une plume
Pourquoi pas un sourire et pourquoi pas des larmes
Tout au bord de la toile où jouent les petits clous

Voici le jour d'autrui laisse aux ombres leur chance1
Et d'un seul mouvement des paupières renonce

Marc Chagall

Ane ou vache coq ou cheval
Jusqu'à la peau d'un violon
Homme chanteur un seul oiseau
Danseur agile avec sa femme

Couple trempé dans son printemps

L'or de l'herbe le plomb du ciel
Séparés par les flammes bleues
De la santé de la rosée
Le sang s'irise le cœur tinte

Un couple le premier reflet

Et dans un souterrain de neige
La vigne opulente dessine
Un visage aux lèvres de lune
Qui n'a jamais dormi la nuit.

Georges Braque

Un oiseau s'envole,
Il rejette les nues comme un voile inutile,
Il n'a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol,
Il n'a jamais eu d'ombre.

Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans le bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil.

Juan Gris

De jour merci de nuit prends garde
De douceur la moitié du monde
L'autre montrait rigueur aveugle

Aux veines se lisait un présent sans merci
Aux beautés des contours l'espace limité
Cimentait tous les joints des objets familiers

Table guitare et verre vide
Sur un arpent de terre pleine
De toile blanche d'air nocturne

Table devait se soutenir
Lampe rester pépin de l'ombre
Journal délaissait sa moitié

Deux fois le jour deux fois la nuit
De deux objets un double objet
Un seul ensemble à tout jamais.

Paul Klee

Sur la pente fatale, le voyageur profite
De la faveur du jour, verglas et sans cailloux,
Et les yeux bleus d'amour, découvre sa saison
Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.

Sur la plage la mer a laissé ses oreilles
Et le sable creusé la place d'un beau crime.
Le supplice est plus dur aux bourreaux qu'au victimes
Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.

Joan Miró

Soleil de proie prisonnier de ma tête,
Enlève la colline, enlève la forêt.
Le ciel est plus beau que jamais.

Les libellules des raisins
Lui donnent des formes précises
Que je dissipe d'un geste.

Nuages du premier jour,
Nuages insensibles et que rien n'autorise,
Leurs graines brûlent
Dans les feux de paille de mes regards.

A la fin, pour se couvrir d'une aube
Il faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit.

Jacques Villon2

Irrémédiable vie
Vie à toujours chérir

En dépit des fléaux
Et des morales basses
En dépit des étoiles fausses
Et des cendres envahissantes

En dépit des fièvres grinçantes
Des crimes à hauteur du ventre
Des seins taris des fronts idiots
En dépit des soleils mortels

En dépit des dieux morts
En dépit des mensonges
L'aube l'horizon l'eau
L'oiseau l'homme l'amour

L'homme léger et bon
Adoucissant la terre
Éclaircissant les bois
Illuminant la pierre

Et la rose nocturne
Et le sang de la foule.


Paul Eluard

1Picasso habitually painted by night.
2Eluard's title was "La lumière et du pain." The piece was published in Eluard's "Jaques Villon ou l'art glorieux."

The work of the painter

 

Pablo Picasso

Surround this lemon with shapeless egg-white,
coat this egg-white in a supple and fine azure.
However much the straight and black line comes from you
the dawn is behind your painting.

And the countless walls crumble
behind your painting, and you, your eye fixed
like a blind man, like a mad man,
you stand a tall sword in the emptiness

A hand, why not a second hand,
and why not the mouth naked like a feather.
Why not a smile and why not tears right at
the edge of the canvas where the little nails are playing.

Here is the the day of others give the shadows a chance,
and in just one movement of the eyelids renounce.

Marc Chagall

Donkey or cow, cock or horse
even the skin of a violin
a singing man a single bird
an agile dancer with his wife

a couple drenched in its springtime

the gold of the grass the lead of the skies
separated by the blue flames
of health of dew
the blood glistens the heart tolls

a couple the first reflection

and in an underground cavern of snow
the opulent vine draws
a face with moon-like lips
which has never slept at night.

Georges Braque

A bird flies away,
he throws off the clouds like a pointless veil,
he has never feared light,
enclosed in his flight,
he has never had a shadow.

Husks of the harvest, split by the sun.
All the leaves in the woods say yes,
they can only say yes,
every question, every reply
and the dew runs in the depth of this yes.

A man with flitting eyes describes the heaven of love.
He gathers together its marvels
like leaves in a wood,
like birds in their wings
and men in sleep.

Juan Gris

By day give thanks by night beware
of gentleness half the world
the other showed blind severity

a present without mercy was being read to the veins
the limited space cemented all the joints of the
every-day objects to the beauty of the contours

table guitar and empty glass
on an acre of rich earth
of white canvas of nocturnal air

table had to support itself
lamp to remain the pip of the shadow
newspaper abandoning one half of itself

twice by day twice by night
of two objects a double object
a single whole once and for all.

Paul Klee

On the fatal slope the traveller benefits from the
favour of the day, iced over and without gravel,
and the eyes blue with love, finds out his season
which wears on all its fingers great stars as rings.

On the beach the sea has left its ears
and the gouged sand site of some handsome crime.
The torture is harder on the torturer than on the victims.
The knives are omens and the bullets are tears.

Joan Miró

Sun of prey prisoner of my head,
remove the hill, remove the forest.
The sky is more beautiful than ever.

The dragonflies of the grapes
give it definite shapes
which I dissipate with a single gesture.

Clouds of the first day,
unfeeling clouds which nothing sanctions,
their seeds burn
in the straw fires of my glances.

At the end, to cover itself with a dawn
the sky will need to be as pure as the night.

Jacques Villon

Irremediable life
life to be always cherished

despite scourges
and base morals
despite false stars
and invading ashes

despite grating fevers
stomach-high crimes
withered breasts stupid brows
despite deadly suns

despite dead gods
despite lies
the dawn, the horizon, water
bird man love

man light-hearted and good
softening the soil,
clearing the woods
illuminating the stone

and the nocturnal rose
and the blood of the crowd.

© translated by Christopher Goldsack

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