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Serres chaudes

Chausson (1896)

Serre chaude

O serre au milieu des forêts!
Et vos portes à jamais closes!
Et tout ce qu'il y a sous votre coupole!
Et dans mon âme en vos analogies!

Les pensées d'une princesse qui a faim,
L'ennui d'un matelot dans le désert,
Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.

Allez aux angles les plus tièdes!
On dirait une femme évanouie un jour de moisson:
Il y a des postillons dans la cour de l'hospice;
Au loin, passe un chasseur d'élans, devenu infirmier.
Examinez au clair de lune!
(Oh! rien n'y est à sa place!)
On dirait une folle devant les juges,
Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal,
Des oiseaux de nuit sur des lys,

Un glas vers midi,
(Là-bas sous ces cloches!)
Une étape de malades dans la prairie,
Une odeur d'éther un jour de soleil.

Mon Dieu! Mon Dieu! quand aurons-nous la pluie,
Et la neige et le vent dans la serre!

Serre d'ennui

O cet ennui bleu dans le cœur!
Avec la vision meilleure,
Dans le clair de lune qui pleure,
De mes rêves bleus de langueur!

Cet ennui bleu comme la serre,
Où l'on voit closes à travers
Les vitrages profonds et verts,
Couvertes de lune et de verre,

Les grandes végétations
Dont l'oubli nocturne s'allonge,
Immobilement comme un songe,
Sur les roses des passions;

Où de l'eau très lente s'élève,
En mêlant la lune et le ciel
En un sanglot glauque éternel,
Monotonement comme un rêve.

Lassitude

Ils ne savent plus où se poser ces baisers,
Ces lèvres sur des yeux aveugles et glacés;
Désormais endormis en leur songe superbe,
Ils regardent rêveurs comme des chiens dans l'herbe,
La foule des brebis grises à l'horizon,
Brouter le clair de lune épars sur le gazon,
Aux caresses du ciel, vague comme leur vie;
Indifférents et sans une flamme d'envie,
Pour ces roses de joie écloses sous leur pas;
Et ce long calme vert qu'ils ne comprennent pas.

Fauves las

O les passions en allées
Et les rires et les sanglots!
Malades et les yeux mi-clos
Parmi les feuilles effeuillées,

Les chiens jaunes de mes péchés,
Les hyènes louches de mes haines,
Et sur l'ennui pâle des plaines
Les lions de l'amour couchés!

En l'impuissance de leur rêve
Et languides sous la langueur
De leur ciel morne et sans couleur,
Elles regarderont sans trève

Les brebis des tentations
S'éloigner lentes, une à une,
En l'immobile clair de lune,
Mes immobiles passions.

Oraison

Vous voyez, Seigneur, ma misère!
Voyez ce que je vous apporte!
Des fleurs mauvaises de la terre,
Et du soleil sur une morte.

Voyez aussi ma lassitude,
La lune éteinte et l'aube noire;
Et fécondez ma solitude
En l'arrosant de votre gloire.

Ouvrez-moi, Seigneur, votre voie,
Éclairez mon âme lasse.
Car la tristesse de ma joie
Semble de l'herbe sous la glace.

Maurice Maeterlink

Hothouses

 

Hothouse

O glasshouse in the midst of the forests
your doors forever shut
and all that there is beneath your cupola
and in my soul in your analogies!

The thoughts of a hungry princess,
the boredom of a sailor in the desert,
a music of brass at the windows of the hospital for incurables.

Go to the warmest corners!
One would say a woman who had fainted on a harvesting
day: There are postillions in the hospice's yard;
afar an elk-hunter turned nurse is passing by.
Examine in the moonlight!
(Oh! Nothing there is in its place!)
One would say a mad woman before the judges,
a war ship under full sail ona canal,
night birds on lilies,

a bell-toll around noon,
(over there beneath the bells!)
A sick persons' resting place in the meadow,
a smell of ether on a sunny day.

My God! My God! When shall we have rain,
and snow and wind in the glasshouse!

Glasshouse of tedium

Oh this blue tedium in the heart,
with better vision,
in the moonlight,
of my dreams, blue with languor!

This tedium, blue like the glasshouse,
where one sees closed through
the deep and green windows,
covered with moon and glass,

the tall vegetations
whose nocturnal oblivion lengthens,
motionlessly like a dream,
ove the roses of passions;

where the very slow water rises,
mingling the moon and the sky
in an eternal glaucous sobbing,
monotonously like a dream.

Lassitude

They no longer know where to settle, these kisses,
these lips on blind and frozen eyes;
henceforth asleep in their superb dream,
dreamers, like dogs in the grass, they watch
the crowd of the grey ewes on the horizon,
grazing on the moonlight scattered on the grass,
to the caresses of the sky, vague like their lifep;
indifferent and without a single flicker of envy,
towards these roses of joy flowering under their steps;
and this long green peace that they do not comprehend.

Weary beasts

Oh the bygone passions
and the laughs and the sobs!
Sick and with eyes half closed
among the fallen leaves,

the dogs yellowed by my sins,
the suspicious hyenas of my hatreds,
and on the pale tedium of the plains
the lions of love lying down!

In the impotence of their dream
and languid under the languor
of their dismal and colourless sky
they will watch without respite

the ewes of the temptations,
slow, one by one, draw away
in the motionless moonlight,
my motionless passions.

Prayer

Lord, yoou see my misery!
See what I bring you!
Evil flowers of the earth,
and sunshine upon a woman's corpse.

See too my lassitude,
the extinguished moon and the black dawn;
and make my solitude fertile
by watering it with your glory.

Open your path to me, Lord,
throw light upon my weary soul there.
For the sadness of my joy
seems like grass beneath the glass.

© translated by Christopher Goldsack

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