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Le voyage d'été

Milhaud (1946)

Modestes vacances

Nous prenons la route qui monte. Nous
abandonnons la plaine. La petite voiture
s'élance avec colère. Du calme petite voiture,
Tu sais bien que la montée dure deux heures
et qu'il y a deux cents tournants. Le précipice
se creuse à gauche, puis brusquement passe
à droite. Sur les pentes verdoyantes, les vaches
n'ont pas bougé depuis l'année dernière. Et sur
le plateau dénudé le même vent rude nous livre
bataille. Que l'air est bon. Ah! laissez moi,
fermant les yeux, le respirer longuement. Mais
déjà s'avancent les châtaigniers et les maisons
basses avec leurs toits qui débordent.
Voici le bois de pins qui s'ouvre pour nous
livrer passage et se referme derrière nous. Voici
la grande boucle souple entre les près
étincelants. Et soudain, voici le pays de nos rêves.

Les deux hôtels

Dans le village, il y a deux hôtels. L'un
est rose et touche les prés au dessous de l'Église.
Mais l'autre est sur la grand' route, fuyante
des deux côtés. Les grands cars voyageurs
s'y arrêtent et y laissent les commissions de tout
le pays. Ils y représentent la gare et en tirent
une grande importance. Et le facteur à midi,
s'assied un instant devant la porte, il s'essuie
le front en soupirant avant de repartir.

Le boulanger

Dans le village il y a un petit homme tout
sec. Il a une grande et belle femme. Il a
de petits enfants blonds et bouclés. Il a aussi
un four qui rougeoie au fond d'une salle
obscure. C'est le boulanger du pays. Et quand
on passe devant sa porte l'odeur de pain chaud
et de feu vous poursuit jusqu'à l'année
prochaine.

La maison inachevée

Dans un pré en pente, il y a une maison
inachevée. Elle aurait été grande et belle. On
voulait en faire une école. Mais on a vu qu'elle
pompait toute l'eau qui descendait des bois.
Aussi les maçons se sont arrêtés au premier
étage. Depuis, elle est restée là...

Monsieur le Curé

Si vous cherchez Monsieur le Curé vous
le trouverez vite. Il est dans son Église ou bien
dans son jardin. Mais qu'il fasse le catéchisme
aux petits enfants ou qu'il arrose ses salades,
c'est avec le même doux sourire de bonté.
Voilà déjà quatre vingts ans qu'il aime Dieu sur
la Terre.

Les trois peupliers

Trois peupliers au milieu d'un champ
tiennent gravement conseil. Ils ne font pas
de gestes. Ils sont sérieux et longs. De quoi
parlent-ils? Peut-être de philosophie. Mais
un petit souffle de rien du tout arrive et retrousse
toutes leurs feuille.

Paresse

Étendue dans le dans le vallon je ne pense
à rien. Au dessus de moi le ciel pur est comme
la mer. Sous mes mains l'herbe est fraîche
comme l'eau. Et quelque part, au loin, sonnent
des clochettes pastorales.

Les conscrits

Le tambour roule. Voici les conscrits. Ils
sentent bien un peu le vin. Ils ne vont pas tout
à fait droit. Mais le vin est nécessaire
aux guerriers. Et les filles d'ici qui ne sont pas
des mijaurées les admirent dans leur cœur.

Le château

Les automobilistes qui passent sur la route
voient le château et disent: Qu'il est beau! Et
ralentissent leur allure et tournent la tête pour
admirer encore une fois sa masse magnifique
au dessus des roseraies. Mais les gens du pays
le connaissent et n'y font plus attention Et seule
l'institutrice blonde s'arrête, rêveuse, aux herbes
chaudes pour apercervoir le fils du châtelain
qui se baigne dans le grand bassin rectangulaire.

L'horizon

Derrière les vallons à peine creusés.
Derrière les collines familières, la grande ligne
de l'horizon s'étend au bord des cieux.
Délaisse, ô mon âme, les douces courbes qui
te touchent. Appareille pour le pays inconnu,
ta Patrie.

Le pêcheur

Pêcheur, horrible pêcheur blond et doux,
mon fils, Qui poursuit la truite furtive dans ses
humides retraites. Laisse-moi te souhaiter
une mauvaise pêche Que tes belles amies
te rient au nez et te tirent leur révérence.
Et qu'au soir tombant, ton panier d'osier
ne retienne aucune vie palpitante.

Le ruisseau

Si je me penche sur le pont je vois un miroir
immobile et sombre, et l'arc du pont à l'envers,
et mon visage à l'envers. Mais si je descends
dans la prairie ensoleillée je m'aperçois que c'est
un petit ruisseau vif et joyeux qui fait mille
sottises et fuit sous les branches en clignant
de l'œil.

La petite bergère

Elle est menue comme une puce
et commande aux grosses vaches. Voilà
le triomphe de l'esprit sur la matière. Elle a
un tablier à carreaux, une baguette à la main,
et une tresse bien serrée. Parfois, elle s'assied
et elle chante. C'est une enfant de l'Assistance.
Chante, chante, petite fille, assise dans l'herbe
devant le ciel. Les hommes se chargeront bien
vite de t'enlever ta joie.

Les champignons

Quand les premières pluies de Septembre
se sont arrêtées et que le soleil est revenu,
nous partons tous en bande chercher
des champignons. Moi je regarde en l'air et je
vois de belles choses que les autres ne voient
pas. Mais le soir, quand mes compagnons
étalent leurs trésors sur la table de marbre,
moi je baisse la tête pleine de honte.

Le retour

Voici de nouveau la petite voiture devant
la porte. Vérifiez les freins. Hélas! il ne sagit
plus de monter mais de redescendre. Tous
les enfants de pays se sont rangés devant nous.
Il faut partir si nous voulons arriver avant la nuit.
Adieu donc, bonne hôtesse. Adieu, cher
Monsieur le Curé. Nous vous écrirons bientôt.
Tout est-il prêt? N'avons nous rien oublié:
les violons, les cannes à pêche et les grandes
bottes de caouchouc. Allons, coupez la dernière
amarre. Voici de nouveau la boucle souple
entre les près qui étincellent. Voici le bois
de pins qui s'ouvre mais en sens inverse.
Voici le plateu stérile et son éternelle
gémissement. Pourquoi bats-tu mon cœur,
et quelles sont ses larmes? Tu sais bien que
les vacances ne peuvent durer toute l'année.
Vois, déjà les pentes ont changé de couleur,
et la bruyère fleurie annonce la venue
de l'automne. Derrière nous se cache le soleil
je me retourne une dernière fois. O nourriture
de mon hiver vous êtes là et je vous emporte.
A présent plus que la grande plaine devant nous,
et la vie quotidienne étalée dans la brume qui
nous attend.

Camille Paliard

The summer journey

 

Simple holidays

We take the road which climbs. We
abandon the plain. The little car
springs up with anger. Stay calm little car,
well you know that the climb takes two hours
and that there are one hundred turnings. The precipice
deepens on the left, then suddenly switches
to the right. On the verdant slopes, the white
cows have not moved since last year. And on
the bare plateau the same harsh wind wages war
against us. How good the air is. Ah! Let me,
closing my eyes, take a long breath of it. But
already the chestnut trees and the low houses
with their overhanging roofs are drawing nearer.
Here is the pine wood opening to give way
to us and closing behind us. Here is
the great supple bend between the sparkling pastures.
And suddenly, here is the country of our dreams.

The two hotels

In the village there are two hotels. The one
is pink and touches the pastures below the church.
But the other is on the main road, fleeing
in both directions. The big traveling buses
stop there and leave messages from throughout
the land. Here they represent the station and deem it
to be of great importance. The postman at midday,
sits for a moment in front of the door, sighing,
he wipes his brow before setting off again.

The baker

In the village there is a very dry little
man. He has a tall and beautiful wife. He has
little blond and curly children. He also has
an oven which glows red in the back of a dark
room. It is the country baker. And as
one passes in front of his door the smell of warm
bread and of fire pursues you until next
year.

The unfinished house

In a sloping meadow, there is an unfinished
house. It would have been large and beautiful. They
wanted to make a school of it. But they noticed that it
drew in all the water which came down from the
woods. Also the brick-layers stopped at the first
floor. Ever since it has stayed there...

The Curate

If you are looking for the Vicar you
will find him easily. He is in his Church or else
in his garden. But, whether he is teaching the
catechism to the small children or watering his salads,
he does so with the same gentle smile of kindness.
It is now already eighty years that he has loved God on
Earth.

The three poplars

Three poplars in the middle of a field
are meeting in a serious counsel. They make no
gestures. They are serious and tall. Of what
are they speaking? Maybe of philosophy. But
ever such a tiny breeze comes and turns up
all their leaves.

Idleness

Stretched out in a vale I think of
nothing. Above me the sky is as pure as
the sea. Beneath my hands the grass is
as cool as water. And somewhere, in the distance,
pastoral bells are ringing.

The conscripts

The drum rolls. Here are the conscripts. They
smell more than a bit of wine. They do not walk
quite straight. But wine is necessary to soldiers.
And the girls of the village, who are not
affected creatures, admire them in their hearts.

The castle

The car-drivers who pass along the road
see the castle and say: How beautiful it is! And
reduce their speed and turn their heads to
admire once more its magnificent bulk above
the rose-gardens. But the country folk know
it already and no longer give it any thought and
only the blond school mistress stops, dreamily, by
the warm grasses to glimpse the son of the sire
bathing in the big rectangular reservoir.

The horizon

Beyond the hardly formed vales,
beyond the familiar hills, the great line
of the horizon stretches along the edge of the heavens.
Forsake, o my soul, the gentle curves which
touch you. Prepare to set out for the unknown
country, your fatherland.

The fisherman

Fisherman, vile fisherman blond and sweet,
my son, who chases the furtive trout in its
watery retreats. Let me wish you
a bad day's fishing, so that your pretty girl-friends may
laugh you in your face and curtsey to you.
And at the fall of evening may your wicker basket
withhold not one throbbing life.

The stream

I lean over on the bridge I see a still
and dark mirror, and the arch of the bridge up-side-
down, and my face back-to-front. But if I go down
into the sunny meadow I notice that it is
a little, lively and happy stream which plays
a thousand pranks and flees beneath the branches
winking its eye.

The little shepherdess

She is tiny as a mite
and orders the fat cows. That is
the triumph of spirit over matter. She has
a checked apron, a baguette in her hand,
and a tightly plaited tress. Sometimes, she sits
down and she sings. She is a child of Attendance.
Sing, sing, little girl, seated in the grass
before heaven. Men will see soon all too
soon to removing your happiness.

The mushrooms

When the first rains of September
have ceased and when the sun has come back,
we set out in a group to look
for mushrooms. Me, I look upwards and I
see beautiful things that the others
miss. But at night, when my companions
lay out their treasures on the marble table,
me, I lower my head full of shame.

The return

Here is the little car once again in front of
the door. Check the brakes. Alas! It is no longer
a matter of climbing but of going down again. All
the children of the country are arrayed before us.
We must go if we wantto get home before nightfall.
Farewell then, kind hostess. Farewell,
dear Vicar. We shall write to you soon.
Is everything ready? Have we not forgotten anything:
the violins, the fishing rods and the big
rubber boots. Come on, lets cut the last
tie. Here again is the supple bend between
the meadows which sparkle. Here is the pine
wood opening out, but in the reverse direction.
Here is the sterile plateau and its everlasting
groan. My heart, why do you beat,
and what are these tears? You know well that
the holidays can't last all year.
See, already the slopes have changed colour,
and the flowering heather announces the coming
of autumn. Behind us the sun is hiding
I turn round one last time. O food
of my winter you are there and I carry you away.
Now only the wide plain left before us,
and daily life spread out in the mist which
awaits us.

© translated by Christopher Goldsack

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