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Poèmes Juifs

Milhaud (1916)

Chant de nourrice

Dors, ma fleur, mon fils chéri;
pendant que je balancerai ton berceau,
je vais te dire le conte de ta vie.
Je commence par te prévenir que tu es
un Hébreu, Que tu as Israël pour nom
et que c'est là ton titre de noblesse.
Ô mon chéri, quand tu seras avec des gens
étrangers à ton peuple,
ne sois pas honteux devant leurs insultes
mais responds-leur bien haut.
Oh! je te prie, sois sans peur aucune,
dis leur: <Ne suis-je pas le descendant
des saints, fils du peuple eternal,>
fils du peuple éternellement persécuté
malheureux comme point d'autre,
glorieux quand même,
car il dure, et cela depuis des siècles
et cela pour toujours.
Ne désespère point, mon fils chéri
parceque ton peuple est en exil.
Crois plutôt que le soleil de la justice
un jour brillera sur nous.
Souviens-toi sans cesse
que nous avons un pays, là-bas,
très loin, que c'est vers lui
que l'âme de tout juif aspire avec ardeur.
Sur ses monts, dans ses champs délicieux
tu deviendras ce que tu voudras:
vigneron, berger, planteur, jardinier,
tu vivras paisible….
Dors ma fleur, mon fils chéri.

Chant de Sion

Ce n'est la rosée ni la pluie,
ce sont mes larmes qui arrosent,
Ô Sion, tes montagnes.
Ce n'est pas le feu ni le soleil,
c'est notre sang qui fait rougir,
Ô Sion, tes cieux!

Et une vapeur monte,
formée des larmes de nos yeux
jusqu'au ciel, et devient de la pluie.
Et ces eaux douces apaisent notre esprit,
l'esprit de ceux qui pleurent
Jerusalem.

Ces larmes des yeux
sont une consolation pour l'âme,
un remède au cœur brisé;
ce sont elles qui fortifient
les cœurs abattus
et qui apaisent l'âme agitée.

Chant du laboureur

Mon espérance n'est pas encore perdue,
Ô patrie douce aimée,
de trouver sur ton sol
un coin pour m'y établir
avant que ma fin n'arrive…

une maisonnette sur le sommet d'une colline
au milieu d'un jardin de légumes
et d'arbres fruitiers,
une vigne abondante en grappes,
une source limpide
jaillissant avec bruit.

Là-bas, sous le feuillage d'un arbre touffu
je travaillerai, je respirerai légèrement.
Devant les ruines environnantes
j'épancherai mon cœur,
je demanderai
a quand la fin de la colère?

Mais lorsqu'aux confins des vallées
j'entendrai le chant
de mes frères vigoureux
je dirai
voilà la fin des tristesses,
voilà la fin des malheurs.

Chant de la pitié

Dans les champs de Bethléem,
une pierre se dresse solitaire.
Antique tombe.
Mais dès que minuit sonne,
on voit une Beauté
quitter sa demeure souterraine
pour venir sur la terre.
Là voilà qui chemine
silencieuse vers le Jourdain.
Là voilà qui silencieusement
contemple les ondes sacrées.
Une larme tombe alors de son œil pur
dans les ondes paisibles du fleuve.
Et doucement les larmes
s'écoulent l'une après l'autre,
tombent dans le Jourdain,
emportées entrainées
par le mystère des eaux.

Chant de résignation

Prends mon âme, fais en une lyre brillante
avec les muscles de mon cœur fais des cordes,
Et fais-les longues jusqu'au ciel.
Et tes mains, ô muse, allonge-les sans cesse.

Que les fibres de mon cœur
murmurent et frémissent
afin d'exprimer ma douleur immense,
ma misère sans nom,
afin que les cieux laissent couler
des torrents de larmes
et que le crépuscule et l'aube
en soient éternellement noyés.

Chant d'amour

En même temps que tous les bourgeons
la Rose de mon cœur se réveille, elle aussi,
aux chants des étoiles matinales et nocturnes,
la Rose de mon cœur s'épanche, elle aussi.

Lorsque le rossignol fit entendre sa voix,
Mon cœur se fondit en larmes;
Lorsque la nature s'endormit autour de moi,
mes rêves se réveillèrent.

Des myriades d'étoiles sont là haut au ciel,
unique est l'Étoile qui éclaire mes ténèbres.

Chant de Forgeron

Près du Joudain il y a une maison de forgeron,
Un forgeron alerte comme un cavalier
y fait sa besogne.
Et en soufflant il y attise la flame,
souffle, souffle, cela entretient
la flamme, le feu éternel qui brûle dessous.
Que fais-tu là ô forgeron?
Je suis en train de préparer
le fer pour le cheval du Messie.

Lamentation

Au ciel sept chérubins
silencieux comme les rêves font la besogne.
Devant le trône de sa gloire
ils se tiennent en rond.
C'est là qu'ils préparent
des étoffes lumineuses pour le Messie.
Tout ce qui est sublime,
Tout ce qui est majestueux,
Tout ce qui est beau,
Tout ce qui est noble,
Tout ce qui est bon et pur.
Et ceci, ils le prennent
avec tout ce qui est clarté et Lumière.

Et les anges, les sept chérubins,
élèvent leurs voix d'abandonnés,
voix de sanglots et de plaintes.

Et jusqu'à ce jour elle n'est pas encore achevée,
elle n'est pas encore achevée l'âme du Messie.

Translations from the Hebrew

Jewish poems

 

Nursemaid's song

Sleep, my flower, my dear son;
whilst I rock your cradle,
I will tell you the tale of your life.
I start by forewarning you that you are
a Hebrew, that you have Israel for a name
and that therein is your claim to nobility.
O my beloved, when you are among folk
who are strangers to your people,
do not be ashamed in the face of their insults
but reply to them very firmly.
Oh! I beg you, have no fear whatsoever,
tell them: "Am I not the descendant
of the saints, son of the eternal people,"
son of the eternally persecuted people
unfortunate like none other,
glorious nonetheless,
for it lasts, and that as it has been so for centuries
and that as it will be for ever.
Do not despair, my darling son
because your people is in exile.
Believe rather that the sun of justice
will one day shine upon us.
Keep reminding yourself
that we have a land, over there,
far away, that it is towards that country
that the soul of all Jews aspires with fervour.
Upon its hills, in its beautiful fields
you will become whatever you wish:
vine-grower, shepherd, planter, gardener,
you will live peacefully…..
Sleep my flower, my darling son.

Song of Zion

It is neither the dew nor the rain,
it is my tears which water
your mountains, o Sion.
It is not fire or the sun,
it is our blood which reddens
your skies, o Sion!

And a mist rises,
made from of the tears of our eyes
up to the sky, and becomes rain.
And these sweet waters soothe our spirit,
the spirit of those who weep for
Jerusalem.

These tears
are a consolation for the soul,
a cure for the broken heart;
it is they which strengthen
the crushed hearts
and which soothe the soul in turmoil.

Labourer's Song

My hope is not yet lost,
o dearly loved homeland,
of finding upon your soil
a corner in which to settle
before my end comes…

a cottage on the top of some hill
at the heart of a garden of vegetables
and fruit trees,
a vine, heavy with fruit,
a limpid spring
gushing with noise.

Over there, beneath the foliage of a bushy tree
I shall work, I shall breathe lightly.
Before the surrounding ruins
I shall pour out my heart,
I shall ask
When will the anger cease?

But once in the confines of the valleys
I shall hear the song
of my sturdy brothers
I shall say
here is the end of sadness,
here is the end of misfortune.

Song of pity

In the fields of Bethlehem,
a rock stands alone.
Ancient tomb.
But as soon as midnight sounds,
one sees a Beauty
leave her underground dwelling
to come upon the earth.
There she is, making her way
silently towards the Jordan.
There she is silently
contemplating the sacred waves.
A tear then falls from her pure eye
into the peaceful waves of the river.
And gently the tears
flow, one after the other,
fall into the Jordan,
carried away, caught up
in the mystery of the waters.

Song of resignation

Take my soul, make of it a bright lyre
with the sinews of my heart make strings,
and make them long enough to reach heaven.
And your hands, o muse, stretch them unceasingly.

May the fibres of my heart
murmur and quiver
so as to express my immense gentleness,
my nameless misery,
so that the heavens let
floods of tears flow
and that the dusk and the dawn
should be for ever drowned in them.

Song of love

Along with all the buds,
the Rose of my heart awakens too,
with the song of the morning and evening stars,
The Rose of my heart opens out too.

When the nightingale made his voice heard,
my heart melted into tears;
When nature went to sleep about me,
my dreams awoke.

Myriad stars are up there in the sky,
one Star alone brightens my darknesses.

Blacksmith's song

Near the Jordan there stands a blacksmith's house,
A blacksmith, quick as a horseman,
he works there.
And with the bellows he fans the flame there,
Blow, blow, it sustains
the flame, the eternal fire which burns below.
What are you doing there, o blacksmith?
I am preparing
the shoe for the Messiah's horse.

Lamentation

In heaven seven cherubim
quiet as the dreams do the work.
Before the throne of his glory
they join in a circle.
It is there that they make ready
brilliant fabrics for the Messiah.
All that which is sublime,
All that which is majestic,
All that which is beautiful,
All that which is noble,
All that which is good and pure.
And this, they take
with all that which is clarity and Light.

And the angels, the seven cherubim,
raise their voices, voices of abandonned beings,
voices of sobs and of laments.

And to this day it is still not completed,
the soul of the Messiah is still not completed.

© translated by Christopher Goldsack

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