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Six mélodies sur des poèms Symbolistes

Sauguet (1938)

Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide,
Et, dans mon être à qui le sang morne préside,
L'impuissance s'étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau.
Et triste, j'erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane.

Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève...
_ Cependant l'azur rit sur la haie et l'éveil
De tant d'oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Tristesse d'été

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

Dans ce blanc flamboiement l'immuable accalmie
T'a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux,
<Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux!>

Mais ta chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l'âme qui nous obsède
Et trouver ce néant que tu ne connais pas!

Je gouterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s'il sait donner au cœur que tu frappas
L'insensibilité de l'azur et des pierres.

Stéphan Mallarmé

Crépuscule de mi juillet, huit heures

Après un temps d'averse pas trop épaisse,
l'eau d'un boueux verdâtre laisse aller du
même train ses rides et ses moires. Il y a
trois notes uniques et monotones dans
l'espace, les siflets de la gare, les flûtis
éveillés d'un merle dans les bas feuillages
de la terrasse, et des clochettes de vaches
qui passent. Tout le reste est masse
immobile de côteaux, espace et ciel blafard.

Clair de lune de Novembre

Voyez un clair de lune de Novembre dans
le plein enchantement d'une brume fine
immobile au dessus du fleuve large qu'on
devine aux feux réfléchis et sa berge effacée
d'une ligne de plusieurs lieues de collines
avec leur feux mobiles. Et là-haut la lune
comme la clef énigmatique de cet
enchantement immobile, et qu'un souffle
semble-t-il ferait redevenir cruel et cru.

Jules Laforgue

Le chat

I
Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s'appaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre,
Dans mon fond le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Ainsi subtil qu'harmonieux!

II
_ De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.

C'est l'esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il Dieu?

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime,
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire

Six mélodies on Symbolist poems

 

Renewal

The sick springtime sorrowfully expelled
the winter, season of the serene art, lucid winter,
and, within my being for which dismal blood
powerlessness stretches out in a long yawn.

Pale twilights grow tepid beneath my forehead
that an iron ring grips like an ancient tomb.
And sad, I wander after a vague and beautiful dream,
through the fields where the immense sap struts.

Then I fall intoxicated the with scents of trees,weary,
and digging a groove for my dream with my face,
biting the warm earth where the lilacs grow,

plunging into an abyss I wait my loneliness to rise up...
meanwhile the azure laughs over the hedge and the
awakening of so many birds in flower chirping in the sun.

Summer sadness

The sun, upon the sand, o fighting girl asleep,
is warming a languorous bath in the gold of your hair
and, consuming the incense on your hostile cheek,
it mingles a beverage of love with the tears.

In this white flame the immutable appeasement
has made you say, saddened, o my fearful kisses,
"We shall never be a single mummy
beneath the ancient desert and the happy palms!"

But your hair is a tepid river, in which,
without a shiver, to drown the soul which obsesses us
and to find that void which you do not know!

I shall taste the grease wept by your eyelids,
to see if it can give to the heart which you struck
the insensibility of the azure and the rocks.


Mid July twilight, eight o'clock

After a time of not too heavy downpour,
the water, of a muddy greenish colour, lets its ripples
and its waters flow with the same cadence. There are
three isolated and monotonous sounds in
the space, the whistles of the station, the wakeful
pipings of a blackbird in the low branches
of the terrace, and of\ the bells of passing
cows. All the rest is a still
mass of hillside, space and dull sky.

November Moonlight

See a bright November moonlight in the
full enchantment of a fine mist
motionless over the wide river that one imagines
by the reflected lights and its bank obscured
by a line of several leagues of hills
with their moving lights. And up there the moon
like the enigmatic key to this
motionless enchantment, and which a breath,
it seems,would make cruel and raw again.


The cat

I
A handsome cat is strolling in my brain,
just as in its rooms,
very gentle and charming.
When it mews one can hardly hear it,

so gentle and discrete is its timbre;
but whether its voice grows calm or growls,
it is always rich and deep.
That is its charm and its secret.

This voice, which pearls and filters,
in my darkest recesses,
fills me like a plentiful verse
and cheers me like a philtre.

It lulls the cruellest pains to sleep
and contains all raptures;
it has no need for words
to say the longest sentences.

No, there is no bow which bites
upon my heart, perfect instrument,
and makes its most vibrant
string sing more regally,

than your voice, mysterious cat,
seraphic cat, strange cat,
in which all is, as within an angel,
as subtle as it is harmonious!

II
From its blond and brown fur
comes such a sweet fragrance that one evening
I was perfumed with it, for having
stoked it once, just once.

It's the familiar spirit of the place;
it judges, it presides, it inspires
all things in its empire;
Is it maybe a fairy, is it God?

When my eyes turn docilely,
pulled as if by a magnet
towards this cat which I love,
and I look within myself,

with astonishment I see
the fire of its pale pupils,
bright lanterns, living opals,
which observe me steadfastly.

© translated by Christopher Goldsack

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