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Quatre mélodies

Dutilleux (1942)

Féerie au claire de lune

Un grillon fait un signal
Sur un timbre de cristal,
Et dans la pénombre chaude
Où les parfums sont grisants
La rampe des vers luisants
S'allume, vert émeraude.

Un ballet de moucherons
Tourne, glisse, fait des ronds,
Dans la lumière changeante.
Un grand papillon de nuit
Passe en agitant sans bruit
Son éventail qui s'argente.

Les parfums des grands lys blancs
Montent plus forts, plus troublants,
Dans cette ombre où l'on conspire.
Mais dans cette ombre il y a
Obéron, Titania,
Il y a du Shakespeare.

Les moustiques éveillés
Bruissent autour des œillets
Tout baignés de crépuscule;
Acteurs liliputiens,
Chorégraphes aériens,
Mille insectes verts et bleus,
Mille insectes merveilleux
Tournent autour des œillets
Et font une ronde effrenée

Puis, ayant tourné longtemps
Sous les roseaux des étangs,
Sous le hêtre et sous l'yeuse,
Les petits danseurs ailés
Soudain se sont en allés
Dans l'ombre mystérieuse.

Tout se tait, seul, par moment,
Le léger sautillement
D'une oiselle à longue queue.
Puis plus rien, plus aucun bruit...
Il n'y a plus que la nuit
Magnifique, immense, bleue.

Genty

Pour une amie perdue

J'ai fait pour t'oublier tout ce que je pouvais.
C'est fini, c'est fini... Je serais vainqueur
si je n'entendais pas, si je n'entendais plus
le son charmant qu'avait ta petite voix dans
mon cœur.

Edmond Borsent

Regards sur l'infini

Lorsque la mort succédant à l'ennui
M'accordera sa secourable nuit
Douce au souhait que j'eus de cesser d'être,
Je veux qu'en paix l'on ouvre la fenêtre
Sur ce morceau de ciel où mon regard
A tant prié l'injurieux hasard
De m'épargner dans les joies ou les peines
Dont j'ai connu la suffocante haleine.
_ Qu'à mes côtés se reposent mes mains,
Calmes ainsi que les sages étoiles,
Et sur mon front que l'on abaisse un voile,
Pour l'honneur dû aux visages humains...

Anna de Noailles

Fantasio

La mort t'ayant surpris en travesti de bal,
Pauvre Fantasio, de folles jeunes filles
Te firent un linceul de leurs blanches mantilles,
Et tu fus enterré le soir du carnaval,

Sous un léger brouillard du ciel occidental
Le mardigra folâtre éparpillait ses trilles.
Et ton glas voltigeant sur de lointains quadrilles
Détachait dans la nuit ses notes de cristal.

Des coins du corbillard le feu des girandoles
Éclairait tout un cœur d'étranges farandoles.
Nul n'avait pris le temps de revêtir le deuil...
Et tous faisaient jouer derrière ton cercueil
Une marche funèbre à leurs tambours de basque.

André Bellessort

Four songs

 

Fairy-scene by moonlight

A cricket makes a sign
on a crystal postage-stamp,
and in the warm penumbra
where the scents are intoxicating
the footlights of the glow-worms
light up, emerald green.

a ballet of gnats
turns, slides, dances in circles,
in the changing light.
A large moth
passes by waving
its silvering fan without a sound.

The scents of the big white lilies
rise stronger, more disturbing,
in this shadow where there is conspiracy.
But in this shadow
Oberon is here, Titania is here,
there is something Shakespearean.

The wakeful mosquitoes
hum around the carnations
bathed in twilight,
lilliputian characters,
aerial choreographers,
a thousand green and blue insects,
a thousand fantastic insects
turn around the carnations
and dance an unrestrained round.

Then, having whirled a long time
beneath the reeds of the ponds
beneath the beach and the holm-oak,
the little winged dancers
suddenly departed
into the mysterious shadow.

All grows silent, alone, at moments,
the light prancing
of a little bird with a long tail.
Then nothing, not one sound...
There is nothing left but the night,
magnificent, vast, blue.


For a lost girl-friend

To forget you I have tried every means I could.
It is over, it is over... I would be victorious
if I did not hear, if I never again heard
the charming sound that your little voice used to
make in my heart.


Views of infinity

When death, succeeding misery
grants me the deliverance of its night
sweet unto the desire that I had to cease being,
I want them, in silence, to open the window
onto this piece of sky to which my gaze
has so often prayed injurious chance
to spare me in the joys or the sufferings
whose suffocating breath I have known.
May my hands rest at my sides,
as calm as the wise stars,
and over my brow may they lower a veil,
for the honour due to human faces...


Fantasio

Death having caught you by surprise disguised for the ball,
poor Fantasio, some crazed young girls
made you a shroud of their white mantillas,
and you were buried the evening of carnival.

Under the light mist of the western sky
the wild shrove Tuesday scattered its trills.
And your tolling fluttering on distant quadrilles
let loose its crystal notes into the night.

From the corners of the hearse the flame of the girandoles
illuminated a whole chorus of strange farandoles.
None had spared the time to clothe the mourning...
And, behind your coffin, they all had
a funeral march played on their Basque drums.

© translated by Christopher Goldsack

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