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Mouvements du cœur1

Various composers (1949)

Prélude - Sauget

Une forêt surgit des flots
Et ces flots sont les nuits passées,
Flots d'avenir, forêts berceaux,
Les ombres sont mes fiancées.
Chantez, chantez le chœur de mes pensées
Dans la forêt de venirs
Aubes d'hiver, mes fiancées,
Mes lauriers n'ont plus qu'à fleurir.
Demain, demain, j'irai ceuillir
A l'heure où l'ombre est allongée,
L'étoile fleur de mes soupirs
Fleurs à mes lèvres enneigées.
Et toutes les froideurs vengées,
Auront de mon bras la chaleur.
Et toutes mes amours songées
Auront de mon front la pâleur.
Et je verrai l'astre des pleurs
S'éteindre aux branches enlacées
De ce vert laurier dont la fleur
Brille aux lèvres des fiancées.

Mazurka - Poulenc

Les bijoux aux poitrines,
Les soleils aux plafonds
Les robes opalines,
Miroirs et violons
Font ainsi, font, font, font2
Des mains tomber l'aiguille
L'aiguille de raison
Des mains de jeunes filles
Qui s'envolent et font
Font ainsi, font, font,
D'un regard qui s'appuie,
D'une ride à leur front
Le beau temps ou la pluie
Et d'une soupire larron
Font ainsi, font, font, font
Du bal une tourmente
Où sage et vagabond
D'entendre l'inconstante
Dire oui, dire non_
Font ainsi, font, font, font
Danser l'incertitude
Dont les pas compteront,
Oh! le doux pas des prudes,
Leurs silences profonds
Font ainsi, font, font, font,
Du bal une contrée
Où les feux s'uniront.
Des amours rencontrées
Ainsi la neige fond, fond, fond.

Valse - Auric

Le flot du silence ne porte
Qu'un vaisseau d'absence à ma porte.
Feuilles mortes,
Lettre morte,
Je n'ai d'autre courrier.
Le pas vers votre découverte
Ta voix à ma pensée offerte,
Feuilles vertes,
Lettre ouverte,
Vous m'avez oublié.
Valsez.
J'ai valsé ma bataille.
Pour arme j'avais votre taille,
Fiancailles,
Feu de paille,
Vous brûlez tout mon temps.
Perce-neige de matinées
Dans la neige des destinées
Bien-aimée
Bien-aimée
J'ai le cœur mécontent.
Viens, viens sur le flot du silence
Descends de ton vaisseau d'absence,
Viens presences
Et dépense
Tous mes baisers chagrins
Forgeant les anneaux de nos chaînes,
La valse vers moi te ramène
Du domaine
De mes peines
Ton cœur est riverain.
Le flot de silence n'emporte
Qu'un vaisseau d'absence à ma porte.
Feuilles mortes,
Lettre morte,
Je n'ai d'autre courier.

Scherzo impromtu - Françaix

Promesse au cœur de vos sourires,
Votre nez bouge: vous mentez.
Mais le mensonge est vérité
Sous les astres de votre empire.
La vérité, témérité,
Aux puits des miroirs perd la face,
Surgissez à ma fleur de vos glaces,
Sortez de vos miroirs hantés.
Vers moi vous avancez de face,
Vous avancez, battant des cils...
Et vous éloignez de profil:
C'est de profil que le temps passe.
Et pas à pas et fil à fil
Montrant et cachant vos visages,
Vous allez de bras en ombrages
Depuis la Seine jusqu'au Nil.
Et vous regardez les nuages
Qui sont l'image de vos cœurs
Changeant de forme et de couleur
Et se dissipant en voyage.
La belle et moi, le bel émoi,
L'un est tout près, l'autre est lointaine,
Miroirs, fondez-vous en fontaine.
Ah! bel émoi, donnez-la moi!

Étude - Preger

Seigneur. Venez à mon secours,
Tendez-moi votre main si grande
Qu'elle est le dôme des amours,
Des océans, des monts, des landes,
De l'éternel et de nos jours.
Tendez-moi, Seigneur, ne serait-ce
Qu'un de vos doigts pour m'y poser,
Emmenez-moi me reposer
Loin de tout ce qui me délaisse
Et loin de ce que j'ai osé.
Écartez-moi de la rivière,
Conduisez-moi sur le chemin
qui mène au cœur de la prière.
Tendez-moi votre grande main
D'ou sort la nuit et la lumière.
Tout m'est proche et trop lointain,
Mon cœur est mort, mon âme pleure,
Le temps ne m'apporte plus d'heures,
Mes battements se sont éteints
Sous un pas quittant ma demeure
J'ai rendu le dernier soupir,
Seigneur écoutez la prière
De celui qui voudrait dormir,
Fermez mes rouges paupières
Car j'ai grand sommeil de mourir.

Ballade nocturne - Milhaud

Dame du soir,
Les anémones
Qui vous couronnent
Ont le cœur noir
Et sont peut-être des démones

Dans les couvents
Les mains des nonnes
Consciences bonnes
Et cœurs fervents
Font des couronnes de démones

Pris en vos mains
Les grains de sable
Chantent des fables
Des soirs marains
Et sont peut-être bien des diables

Dame du soir,
De ces lierres
Liés aux pierres
Du doux savoir
La feuille est peut-être sorcière.

Mais les errants
Qui se lièrent
Croient le lierre
Gardien des temps
D'amour en sa feuille sorcière.

Du flot des mers
Qui vous caresse
Les lames blessent
Mes bras déserts
Ce sont peut-être des diablesses

Mais l'inconstant
Prie à la messe
Fait des promesses
Et cœur battant
Quitte l'amour pour des diablesses.

Polonaise - Sauget

Dans des campagnes de Pologne
Les lauriers ne sont pas coupés,3
Le diable, même après souper,
Ne tenterait cette besogne.
Ange en mésange déguisé
Ami des gloires sans reproches,
Un bel ange au bec aiguisé
Défend de ces lauriers l'approche.
Dans des campagnes de Pologne
Les lauriers ne sont pas coupés,
Le diable, même après souper,
Ne tenterait cette besogne.
Illustrant le vœu des héros,
Les lauriers sont des sentinelles,
Imprenables buissons d'échos
Chantant la foi des cœurs fidèles.
Dans des campagnes de Pologne
Les lauriers ne sont pas coupés,
Le diable, même après souper,
Ne tenterait cette besogne.
Sous les ombrages des lauriers
Se dresse le lit le plus grave.
Lit des ferveurs, lit du guerrier,
L'amour y dort avec les braves.


Louise de Vilmorin

1This strange cycle was commissioned by the bass Doda Conrad in homage to, and to the memory of, Chopin. This will explain the references to Poland in the final song and the use of Polish musical forms.
2There is a popular childrens' song which begins "Ainsi font, font, font les petites marionnettes."
3Refers to the text of a childrens' song "Nous n'irons plus au bois."

Movements of the heart

 

Prelude - Sauget

A forest arises from the waves
and these waves are the bygone nights,
waves of the future, cradle forests,
the shadows are my fiancées.
Sing, sing the heart of my thoughts
in the forest of becoming
dawns of winter, my fiancées,
my laurels need only flower.
Tomorrow, tomorrow, I shall go to gather
at the hour when the shadows are long,
the star, flower of my sighs,
flowers to my snow covered lips.
And all the avenged coldnesses,
will have the warmth of my arm.
And all my dreamt loves
will have the pallor of my brow.
And I shall see the star of the tears
die on the intertwined branches
of this green laurel whose flower
shines on the lips of the fiancées.

Mazurka - Poulenc

The jewels on the breast,
the suns on the ceiling
the opaline dresses,
mirrors and violins
make, thus, make, make, make
the needle fall from the hands
the needle of reason
from the hands of young girls
which fly off and make
make, thus, make, make,
of a leaning stare,
of a wrinkle on their brow
the fine weather or the rain
and of a thieving sigh
make, thus, make, make, make
of the ballroom a torment
where the wise and vagabond
of hearing the unfaithful girl
say yes, say no_
make, thus, make, make, make
incertitude, whose steps
will count, dance,
Oh! The soft step of the prudish,
their deep silences
make, thus, make, make, make,
a land of the ballroom
in which the fires will unite.
Of the encountered loves
thus the snow melts, melts, melts.

Waltz - Auric

The wave of silence only brings
a ship of absence to my door.
Dead leaves,
dead letter,
I have no other mail.
The step towards your discovery
your voice offered to my thought,
green leaves,
open letter,
you have forgotten me.
Waltz on.
I have waltzed my battle.
For a weapon I had your waist,
betrothal,
straw fire,
you burn all my time.
Snow-drop of the mornings
in the snow of the destinies
beloved
beloved
I am discontent in the heart.
Come, come upon the wave of silence
come down from your ship of absence,
come presences
and expense
all my kisses sorrows
forge the rings of our chains,
the waltz brings you back towards me
from the domain
of my pains
your heart is a resident.
The wave of silence only brings
a ship of silence to my door.
Dead leaves,
dead letter,
I have no other mail.

Scherzo impromtu - Françaix

Pledge to the heart of you smiles,
your nose moves: you are lying.
But the lie is truth
beneath the star of your empire.
The truth, temerity,
loses face at the wells of the mirrors,
arise to my flower from your mirrors,
come out of your haunted mirrors.
Advance head on towards me,
you advance, fluttering your eyelashes...
and you depart sideways on:
it is in profile that time passes.
And step by step and thread on thread
showing and hiding your faces,
you go from arms to shadow
from the Seine as far as the Nile.
And you watch the clouds
which are the images of your hearts
changing shape and colour
and disperse upon their way.
The fair one and me, the fine commotion,
the one is very close, the other is distant,
mirrors, melt and become fountains.
Ah! Fine commotion, give her to me!

Study - Preger

Lord. Come to my assistance,
reach out to me with your hand so large
that it is the dome of the love,
of the oceans, the mountains, the moors,
of that which is eternal and of our days.
Reach out to me, Lord, be it with just
one of your fingers upon which I may settle,
bear me away for me to rest
far from everything which forsakes me
and far from that which I have dared.
Distance me from the river,
steer me along the path
which leads to the heart of prayer.
Reach out to me with your great hand
from which night and light emanate.
To me all is close and too distant,
my heart is dead, my soul weeps
time brings me no more hours,
my heartbeats have faded away
beneath a footstep leaving my home
I gave up my last sigh,
Lord hear the prayer
of the one who would wish to sleep,
close my red eyelids
for I have a great sleep to die.

Nocturnal ballad - Milhaud

Lady of the evening,
the anemones
which crown you
have a black heart
and may perhaps be demons

In the convents
the hands of the nuns
good consciences
and fervent hearts
form demon's crowns

Caught in your hands
the grains of sand
sing fables
of the marine evenings
and are very possibly devils

Lady of the evening,
of these heathers
tied to the stone
of sweet knowledge
the leaf may perhaps be a sorceress.

But the wandering ones
who joined themselves
believe the heather to be
guardian of the times
of love in its bewitching leaf.

Of the waters of the sea
which caress you
the waves wound
my deserted arms
they may perhaps be she-devils

but the inconstant one
prays the mass
makes promises
and with beating heart
forsakes love for the she-devils.

Polonaise - Sauget

In the countryside of Poland
the laurels are not pruned,
the devil, even after having supper,
would not attempt that task.
Angel disguised as a bluetit
friend of the irreproachable glories,
a handsome angel with sharpened beak
defends the approach to these laurels.
In the countryside of Poland
the laurels are not pruned,
the devil, even after having supper,
would not attempt that task.
Illustrating the vows of the heroes,
the laurels are sentinels,
impregnable bushes of echoes
singing of the faith of the faithful hearts.
In the countryside of Poland
the laurels are not pruned,
the devil, even after having supper,
would not attempt that task.
Beneath the shades of the laurels
stands the most solemn bed.
The bed of fervours, the bed of the soldier,
love sleeps there with the brave.

© translated by Christopher Goldsack

This translation is offered for study purposes. If seeking to use it for concert programmes please do let me know, and if for commercial purposes please consider making a small donation towards the upkeep of the site.