Melodie Treasury Banner

Sept rondels de Théodore de Banville

Koechlin (1890-5)

L'hiver

Au bois de Boulogne, l'hiver,
La terre a son manteau de neige.
Mille Iris, qui tendent leur piège,
Y passent comme un vif éclair.

Toutes, sous le ciel gris et clair,
Nous chantent le même solfège;
Au bois de Boulogne, l'hiver,
La terre a son manteau de neige.

Toutes les blancheurs de la chair
Y passent, radieux cortège;
Les Antiopes de Corrège
S'habillent de martre et de vair
Au bois de Boulogne, l'hiver.

La nuit

Nous bénissons la douce nuit,
Dont le frais baiser nous délivre.
Sous son aile on se sent vivre
Sans inquiétude et sans bruit.

Le souci dévorant s'enfuit,
Le parfum de l'air nous enivre;
Nous bénissons la douce nuit,
Dont le frais baiser nous délivre.

Pâle songeur qu'un Dieu poursuit,
Repose-toi, ferme ton livre.
Dans les cieux blancs comme du givre
Un flot d'astres frissone et luit,
Nous bénissons la douce nuit.

L'été

Il brille, le sauvage été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres déscloses;
Il brille, le sauvage été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d'apothéoses
Sur les horizons grandioses;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage été.

L'air

Dans l'air s'en vont les ailes,
Par le vent caressées;
Mes errantes pensées
S'envolent avec elles.

Aux cieux pleins d'étincelles,
Vers la nue élancées,
Dans l'air s'en vont les ailes,
Par le vent caressées.

Vers des terres nouvelles,
Sur les rayons bercées,
Vous fuyez, dispersées,
O blanches colombelles;
Dans l'air s'en vont les ailes!

La lune

Avec ses caprices, la lune
Est comme une frivole amante;
Elle sourit et se lamante,
Et vous fuit et vous importune.

La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente,
Avec ses caprices, la lune
Est comme une frivole amante.

Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante;
Elle est absurde, elle est charmante;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la lune.

Le printemps

Te voilà, rire du printemps!
Les thyrses des lilacs fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Déliverent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d'or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du printemps!
Les thyrses des lilacs fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent!
Mille espoirs fabuleux nourissent
Nos cœurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du printemps!

Le thé

Miss Ellen, versez-moi du thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi du thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi du thé.

Théodore de Banville

Seven roundels by Théodore de Banville

 

Winter

n the bois de Boulogne, in Winter,
the earth has her cloak of snow.
A thousand irises, which lay their traps,
pass there like a brisk spark.

All, beneath the grey and bright sky,
sing to us with the same solfege;
in the bois de Boulogne, in Winter,
the earth has her cloak of snow.

All the pallors of the flesh
pass there, radiant procession;
the Antiopes of Correge
dress in marten and sable
in the bois de Boulogne, in Winter.

Night

We bless sweet night,
whose fresh kiss delivers us.
Beneath her wing we feel ourselves living
without care and without sound.

The devouring fear flees,
the fragrance of the air intoxicates us;
we bless sweet night,
whose fresh kiss delivers us.

Pale dreamer whom a God pursues,
rest, close your book.
In the heavens, as white as the frost,
a wave of stars shivers and glows,
we bless sweet night.

Summer

The wild summer is shining,
its breast full of roses.
It burns everything, people and things,
with its placid cruelty.

It places the brazen desire
upon the young unclosed lips;
the wild summer is shining,
its beast full of roses.

Magnificent king, angered it glides
in apotheoses of splendour
over the grandiose horizons;
an untamed beast in the pale brilliance,
the wild summer is shining.

The air

Into the air the wings take flight,
caressed by the wind;
my wandering thoughts
fly off with them.

To the heavens, full of sparks,
thrown towards the cloud,
into the air the wings take flight,
caressed by the wind.

Towards new lands,
cradled upon the rays,
you flee, dispersed,
o little white doves;
into the air the wings take flight!

The moon

With her whims, the moon
is like a frivolous lover;
she smiles and complains,
and flees and teases you.

At night, follow her over the dune,
she mocks and torments you,
with her whims, the moon
is like a frivolous lover.

And often she clothes herself in a
cloud in the manner of a cloak;
she is absurd, she is charming;
one can but love her without rancour,
despite her whims, the moon.

Spring

There you are, springtime laughter!
The fronds of the lilacs are blooming.
The lovers who hold you dear
untie their floating hair.

Beneath the brilliant rays of gold
the ancient ivies wither.
There you are, springtime laughter!
The fronds of the lilacs are blooming.

Let us lie down beside the ponds,
that our bitter pains may heal!
A thousand fantastic hopes nourish
our swollen and throbbing hearts.
There you are, springtime laughter!

The tea

Miss Ellen, pour me some tea
into the beautiful Chinese cup,
where goldfish pick their quarrels
with the terrified rose-red monster.

I love the wild cruelty
of the beasts that are tamed:
Miss Ellen, pour me some tea
into the beautiful Chinese cup.

There, beneath a threatening red sky,
a proud and sly lady
reveals, in her long turquoise eyes,
the ecstasy and purity:
Miss Ellen, pour me some tea.!

© translated by Christopher Goldsack

This translation is offered for study purposes. If seeking to use it for concert programmes please do let me know, and if for commercial purposes please consider making a small donation towards the upkeep of the site.