Melodie Treasury Banner

Le vieux coffret

Caplet (1917)

Songe

Je voudrais t'emporter dans un monde nouveau
Parmi d'autres maisons et d'autres paysages
Et là, baisant tes mains, contemplant ton visage,
T'enseigner un amour délicieux et nouveau,

Un amour de silence, d'art et de paix profonde:
Notre vie serait lente et pleine de pensées,
Puis, par hasard, nos mains un instant rapprochées
Inclineraient nos cœurs aux caresses profondes,

Et les jours passeraient, aussi beaux que des songes,
Dans la demi clarté d'une soirée d'automne,
Et nous diront tout bas, car le bonheur étonne:
Les jours d'amour sont doux quand la vie est un songe.

Berceuse

Viens vers moi quand tu chantes, amie, j'ai des secrets
Que tu liras toi-même au reflet de mes yeux.
Viens, entoure mon cou de tes bras, viens tous près
Et ton cœur entendra des mots silencieux.

Viens vers moi quand tu rêves, amie, j'ai des paroles
Dont le murmure seul est comme une douceur.
Elles imposent l'oubli, le doute, elles désolent,
Et pourtant leur musique enchante la douceur.

Viens vers moi quand tu ris, amie, j'ai des regards
Très longs qui vont porter la peur au fond de l'âme.
Viens, ils transperceront ton cœur de part en part
Et tu sentiras naître en toi une autre femme.

Viens vers moi quand tu pleures, amie, j'ai des caresses
Qui captent les sanglots amers au bord des lèvres
Et feront de ton amertume une allégresse:
Amie, viens boire une âme nouvelle sur mes lèvres.

In una selva oscura

La lumière est plus pur et les fleurs sont plus douces,
Le vent qui passe apporte des roses lointaines,
Les pavés sous nos pieds deviennent de la mousse,
Nous aspiront l'odeur des herbes et des fontaines.

Un printemps nous enveloppe de son sourire,
Entre nous et le bruit un rideau de verdure
Tremble et chatoie, nous protège et soupire,
Cependant que notre âme s'exalte et se rassure.

O vie! Fais que ce léger rideau de verdure
Devienne une forêt impénétrable aux hommes
Où nos cœurs, enfermés dans sa fraicheur obscure,
Soient oubliés du monde, sans plus penser au monde!


Forêt

O Forêt, toi qui vis passer bien des amants
Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages,
Confidentes des jeux, des cris et des serments,
Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages.

O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus
Un jour d'été fouler tes mousses et tes herbes,
Car ils ont trouvé là des baisers ingénus
Couleur de feuilles, couleur d'écorces, couleur de rêves.

O Forêt, tu fus bonne, en laissant le désir
Fleurir, ardente fleur, au sein de ta verdure.
L'ombre devint plus fraîche: un frisson de plaisir
Enchanta les deux cœurs et toute la nature.

O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus
Un jour d'été fouler tes herbes solitaires
Et contempler, distraits, tes arbres ingénus
Et le pâle océan de tes vertes fougères.

Rémy de Gourmont

The little old chest

 

Dream

I wish to carry you to a new world
among other houses and other landscapes
and there, while kissing your hand, gazing at your face,
teach you a delectable and new love,

a love of silence, art and deep peace:
our life would be slow and full of thoughts,
then, by chance, our hands momentarily drawn together
would incline our hearts to profound caresses,

and the days would pass, as beautiful as dreams
in the half light of an autumn evening,
and we would quietly whisper, for happiness is surprising:
days of love are sweet when life is a dream.

Lullaby

Come to me when you sing, my love, I have secrets
that you will read yourself in the reflection of my eyes.
Come, wrap your arms around my neck, come very close
and your heart will hear silent words.

Come to me when you dream, my love, I have words
whose murmur alone is like a sweetness.
They impose oblivion, doubt, they distress,
and yet their music enchants sweetness.

Come to me when you laugh, my love, I have very
penetrating glances which will carry fear to the depth of the
soul. Come, they will pierce your heart through and through
And you will feel another woman born within you.

Come to me when you cry, my love, I have caresses
which capture the bitter sobs on the edge of the lips
and will make a joy of your bitterness:
my love, come to drink a new soul upon my lips.

In una selva oscura

The light is purer and the flowers are sweeter,
the wind blowing by brings distant roses,
the cobbles beneath our feet becomemoss
We breathe in the scent of the grasses and the fountains.

A springtime envelops us in its smile,
Between us and noise a curtain of verdure
trembles and glistens, protects us and sighs,
whilst our soul enthuses and reassures itself.

O life! Make this fragile curtain of verdure
into a forest, impenetrable to mankind,
where our hearts, enclosed in its dark freshness,
may be forgotten by the world without thinking further of the world.

Forest

O forest, you who have seen so many lovers pass
along your paths, beneath your deep foliage,
confidant of the games, the cries and the oaths,
witness to whom souls confessed their passions.

O forest, remember those who came
one summer's day to trample your mosses and grasses,
for there they found ingenuous kisses,
the colour of leaves, of bark,of dreams.

O forest, you were good, in allowing desire
to blossom, ardent flower, in the bosom of your verdure.
The shade became cooler:a shiver of pleasure
enchanted the two hearts and all nature.

O forest, remember those who came
one summer's day to trample your solitary grasses
and to gaze, absent-mindedly, at your simple trees
and the pale ocean of your green ferns.

© translated by Christopher Goldsack

This translation is offered for study purposes. If seeking to use it for concert programmes please do let me know, and if for commercial purposes please consider making a small donation towards the upkeep of the site.